Le Top Tendances de la rentrée

Le Top Tendances de la rentrée

Le Top Tendances de la rentrée 961 511 Wedo studios

En ce mois de septembre, explorons 6 tendances qui pourraient guider la rentrée UX et s’installer durablement dans les pratiques. Les valeurs positives se retrouvent bien présentes dans les lignes directrices vouées à perdurer en 2023, témoignant d’une volonté d’engagement de la conception à l’offre de services.

1. L’inclusion au delà du simple bonus

  • Diversité, inclusion, accessibilité, une volonté d’exhaustivité

Les utilisateur·rice·s sont désormais habitué·e·s à être représenté·e·s dans toute leur diversité : les choix de personnalisation (pronoms, avatars, emojis, photos publicitaires) doivent impérativement la refléter. 

  • La prise en compte du handicap pour une meilleure accessibilité

Les organisations, y compris non numériques, mobilisées sur des handicaps tels que la cécité et la surdité, déploient également leurs services et fonctionnalités pour répondre à d’autres besoins spécifiques comme l’autisme, la dyslexie, ou l’épilepsie. Il s’agit alors de proposer des interfaces responsives, proposant de personnaliser le zoom, le contraste, la commande vocale.

  • Sortir d’une conception ethnocentrée 

Dans un monde globalisé, il apparaît comme une évidence de proposer des environnements numériques dont les services intègrent la réalité de la mondialisation. A titre d’exemple, intégrer la lecture de gauche à droite (arabe, farsi, hébreu), ou encore proposer des modes d’inscription via une adresse mail plutôt qu’un numéro de mobile semblent participer d’une démarche d’ouverture et d’égalité d’accès.

Le cas d’Instagram 

Exemple récent sur les plateformes de RSN, notons que la mise en service en mai 2022 de l’avatar proposé par Instagram, fait apparaître des options de personnalisation poussées, dépassant les memojis initiés par Apple en 2018.

 La plateforme propose des avatars en fauteuil roulant ou arborant une prothèse auditive. La personnalisation offre pas moins de 28 teintes de peaux, dont les plus foncées présentées en premier.

Options de personnalisation de l’avatar proposé par Instagram.

Options de personnalisation de l’avatar proposé par Instagram

2. L’ éco-conception ou la chasse aux fonctionnalités superflues

Vaste sujet qui s’impose comme une récurrence, à l’aune de l’urgence climatique matérialisée par l’été 2022 (méga incendies, mousson dévastatrice, records de températures). Chaque effort pour ralentir l’inéluctable devient bienvenu pour atteindre la sobriété numérique et énergétique sans tomber le greenwashing

Les leviers d’action ? L’empreinte énergétique, la consommation de batterie et de bande passante, le refus des fonctionnalités superflues sensées enrichir l’expérience utilisateur.

Le cas de Spotify 

Illustrons notre propos avec le cas des Canvas, clips vidéos de 8 sec diffusés en boucle par Spotify à l’écoute d’un titre ou d’un album. Bien souvent, lors de l’écoute de ses titres favoris, l’utilisateur ne se trouve pas devant l’écran de l’interface d’écoute pour cette activité qui sollicite majoritairement l’ouïe. 

Dans le déni de l’énergie consommée et du poids du média, sont alors diffusées des contenus vidéos énergivores et redondants qui ne sont pas regardés par l’utilisateur. L’option est désactivable dans la rubrique paramètre de l’application, à condition de le savoir.

Canva issu de Spotify.

Canva issu de Spotify.

Paramètres de lecture Spotify incluant la désactivation des Canvas.

Paramètres de lecture Spotify incluant la désactivation des Canvas.

3. Le bien-être digital, une autre facette du Care ?

A l’issue de deux années de crise sanitaire ayant provoqué une consommation exacerbée d’écran, la question de l’impact du temps passé sur les outils numériques et les enjeux de santé mentale en lien avec l’utilisation de réseaux sociaux, se font de plus en plus présents. Ces 10 dernières années, le sujet s’est enrichi de nouvelles études, le droit à la déconnexion à fait son apparition et les initiatives pour limiter l’impact négatif de l’usage des écrans, notamment sur les jeunes publics, commencent à être mises en lumière.

Le cas de Google 

Le géant des GAFAM a créé un site web dédié au digital wellbeing (bien-être numérique). Le postulat de Google est que la finalité de la technologie est “d’améliorer la vie des utilisateur·rice·s, non pas de la perturber”. Si l’intention semble louable, il est bon de se rappeler que les acteurs du numérique se disputent l’attention de l’utilisateur·trice, sujet théorisé par Dominique Boullier dans la Médiologie des régimes d’attention

Or, capter l’attention de l’utilisateur implique que ce dernier soit connecté, et même, en immersion dans l’univers numérique proposé, pour soutenir le business model des plateformes sociales.

Notons qu’une série de conseils pour lutter contre les Dark Patterns et ainsi concevoir des services numériques respectueux du bien-être de l’utilisateur sont dispensés à travers une boîte à outils “Digital Wellbeing” : 

  • Paramètres alignés avec les besoins psychologiques et physiologiques ; 
  • Datavisualization informative ; 
  • Discours de transparence et options de personnalisation ; 
  • Scrolling ; 
  • Fréquence des notifications et récompenses. 

Par ailleurs, il s’agit également de responsabiliser l’utilisateur sur sa propre consommation numérique à travers un contenu pédagogique pour lui apprendre à “se créer des limites”. Des fonctionnalités de mesure de l’utilisation sont proposées pour différents produits Google. Balbutiements d’une auto-régulation ou washing ? Nous vous laissons juger.

Les recommandations issues du site Well being de Google.
Les recommandations issues du site Well being de Google.

Les recommandations issues du site Well being de Google.

4. Quand l’IA rencontre l’humain

L’intelligence artificielle, AI en anglais, est de plus en plus présente dans le quotidien des utilisateurs. C’est elle qui permet de déverrouiller son smartphone à l’aide de la reconnaissance faciale. Nous la retrouvons également dans les chatbots, ces conseillers virtuels présents sur les sites marchands, et bien entendu dans les assistants vocaux comme Alexa. 

Dans des secteurs d’activité variés, diverses organisations à l’exemple d’Accenture, Intel, Hewlett Packard (HP), Apple et Google, y ont recours pour améliorer leurs services et l’UX n’est pas en reste. 

Selon Accenture, “L’intelligence artificielle est une constellation de technologies différentes, qui fonctionnent de concert pour permettre aux machines de percevoir, de comprendre, d’agir et d’apprendre à des niveaux d’intelligence comparables à ceux des humains.”

Le cas du Machine Learning et des tests utilisateurs 

Nous retrouvons l’IA au service de l’expérience et des tests utilisateurs, notamment via le Machine Learning (LN). L’apprentissage automatique repose sur des algorithmes complexes qui apprennent à partir de données ou d’interactions humaines. A l’issue d’une période donnée, le programme acquiert des connaissances suffisantes pour agir à partir d’une instruction précise ou pour prédire des résultats. On parle aussi d’intelligence artificielle centrée sur l’humain (HCAI).

L’IA permet également d’automatiser des process, d’améliorer le rendement et de réduire les coûts, les délais et les erreurs humaines. En UX, elle peut être employée pour proposer un haut degré de personnalisation. 

Lors des tests utilisateurs, l’IA effectue une récolte automatisée et rapide des informations issues de l’entretien, par vidéo, texte et capture d’écran. La voix peut être analysée par l’IA pour y déceler les sentiments positifs et négatifs, les émotions de l’utilisateur. Le compte-rendu peut alors être automatisé et livré plus rapidement. Ce gain de temps peut être mis au profit des recommandations qui, elles, nécessitent une réflexion bien humaine ! Il ne s’agit pas de confier le décisionnel à l’IA, qui rappelons-le, ne dispose pas de sens éthique ou de l’initiative, d’émotions, de morale, ou d’imagination.

Les entreprises l’ont compris et continuent d’explorer l’IA en développant des technologies de plus en plus human-like, comme LaMBDA de Google ou Ruth, la cookie coach de Nestlé.

L’assistant vocal Siri sur l’Apple Watch

L’assistant vocal Siri sur l’Apple Watch

Ruth le chatbot de Nestlé pour des interactions vocales

Ruth le chatbot de Nestlé pour des interactions vocales

5. Le Web3 : le pouvoir aux internautes

Le web3, succède à l’actuel web2.0 et à son ancêtre, le web 1.0. Sa promesse ? Contrer la centralisation d’un internet dominé par les GAFAM

Aujourd’hui, internet est régi par les États et par les géants du numériques, dont les services utilisent des données utilisateurs et personnelles à des fins notamment commerciales. Plus de 90% des requêtes effectuées dans le monde sur internet le sont à partir du moteur de recherche de Google tandis que Facebook compte près de 3MD d’utilisateurs

La Web3 Foundation, résume bien les ambitions de ce nouveau web : “Fournir le Web 3.0, un Internet décentralisé et équitable où les utilisateurs contrôlent leurs propres données, leur identité et leur destin.” Le Web3 se propose de rendre son indépendance à l’internaute tout en gardant les innovations du Web 2.0.

Le cas des GAFAM

L’idée est aussi d’éviter la répétition de cas tels que Cambridge Analytica et l’exploitation effrénée des données personnelles. Si Meta et Mark Zuckerberg s’en tirent cet été avec un arrangement financier qui leur permet d’éviter le long procès entamé en 2018 pour exploitation de données personnelles sans le consentement et à des fins électorales, nul doute que les pratiques du groupe seront scrupuleusement observées. 

En 2019, la firme avait dû payer une amende de 5 milliards de dollars, avant de se retrouver sous le feu des Facebook Files en 2021. En février 2022, Meta a perdu 232 milliards de dollars en Bourse, à la suite de la désertion des jeunes au profit de Tik Tok et de la baisse du nombre d’utilisateurs. Une suite logique pour le réseau vieillissant né en 2004 ?

Quant à Google, énième report pour la fin des cookies tiers sur leur navigateur Chrome, prévue cette fois-ci pour mi-2024. La raison évoquée par Google ? Continuer les tests des interfaces de programmation (APIs) lancés en août 2022. Facile d’imaginer que la fin des cookies tiers menace le business model de la firme, en imposant de repenser le fonctionnement de la publicité. 

C’est ce qu’entend faire la Privacy Sandbox initiative lancée par Google pour “pour répondre à ces défis en réfléchissant ensemble à des alternatives aux cookies tiers pour protéger avant tout la vie privée des internautes.” La nouvelle piste ? Topics, une solution de ciblage des internautes par centre d’intérêts, basé sur la sélection de 3 thèmes maximum. Les thèmes seraient visibles, modifiables ou entièrement désactivables par les internautes.

6. Métavers : quelles perspectives ?

Nous vous en parlions déjà dans notre article, le métavers (metaverse en anglais) interroge, mais se présente pourtant comme “L’internet du futur” (et donc du Web3 si vous suivez bien). Il fait appel à la réalité augmentée pour proposer dans le virtuel, un monde qui rappelle paradoxalement les contours du réel. On y trouve la création d’espaces immersifs en 3D, des lieux de socialisation virtuels, des visio conférences, du shopping en ligne, des transactions diverses, des happenings innovants, des concerts virtuels et bien sûr la création d’avatars.

Le cas d’Horizon Worlds 

Horizon Worlds, le métavers de Meta (Facebook), est accessible via un compte Facebook et à l’aide d’un casque de réalité virtuel et en est à ses balbutiements. Les utilisateurs s’y font rares et les graphismes sont pour le moment relativement sommaires. Côté UX, les testeurs de la FNAC note un design basique, un changement d’univers lent, et un avatar à la gestuelle limitée.

Selfie de Mark Zuckerberg dans Horizon Worlds

Selfie de Mark Zuckerberg dans Horizon Worlds

La ville virtuelle Gucci sur le jeu en réseau Roblox

La ville virtuelle Gucci sur le jeu en réseau Roblox

What’s next ?

En France, le Centre National du Cinéma (CNC), va dédier 3,6 millions d’euros par an, à une “création immersive” dirigée par Jean-Michel Jarre, afin de proposer des contenus animés innovants dans univers virtuels créatifs.

Pour le moment, le métavers semble faire les affaires plutôt lucratives des marques, dans la continuité des habitudes de shopping en ligne. A titre d’exemple, Gucci, Puma ou encore Ford qui entend y animer des salons automobiles professionnels 

Les marques usent du procédé pour déployer leur désirabilité auprès de jeunes consommateurs. C’est donc le cadre d’une nouvelle économie numérique où fleuriront des centres commerciaux virtuels prisés de la Gen Z. Selon l’étude Obsess, 70% des visiteurs américains de magasins virtuels y ont effectué un achat . 

Le métavers apparaitrait aussi comme le lieu de prédilection pour acheter des produits digitaux tels que les NFT. Notons cependant que selon le rapport Digital 2022 de We are social x Hootsuite, 87% des utilisateurs de réseaux sociaux ne savent pas ce qu’est un métavers, tandis que 85% sont dans l’ignorance lorsqu’il s’agit de comprendre le concept de NFT. 

Énergivore, requérant une connexion de qualité et parfois l’usage d’un casque de réalité augmentée, le métavers ne s’est pour le moment pas démocratisé, dans un contexte où la sobriété numérique est requise et où la surconsommation est décriée. 

Bien-être numérique et écologie vs surconnexion et surconsommation

Du mieux être au mieux faire, la tendance globale semblerait être celle d’une attention exacerbée accordée à l’humain… au travers de la technologie. Pour autant, l’écologie, la santé mentale ou le bien-être digital ne semblent pas peser bien lourd face à la course effrénée à la croissance des GAFAM, des différentes plateformes de services ou des grandes marques de la mode ou de l’automobile. 

Saluons cependant les initiatives visant à inclure et visibiliser, tout comme celles visant à responsabiliser l’utilisateur-consommateur sur sa consommation numérique.